Prix littéraire de la ville de Valognes 2021-2022

Sélection 2021-2022

Leonor Baldaque /  Christian Bobin / François David /

Raphaël Jerusalmy  / Gaëlle Nohant / Lydie Salvayre /

David Zukerman  / Metin Arditi

Depuis l’automne 2003, le prix littéraire de la ville de Valognes est attribué à un auteur français par un jury constitué de lecteurs de la médiathèque de Valognes et de lycéens. Chacun peut s’inscrire et choisir un titre parmi les 8 romans proposés. Le prix sera attribué dans le courant de l’année 2022. Le jury est ouvert à tous, à partir de la classe de seconde. Il suffit pour cela de s’inscrire auprès des bibliothécaires qui vous fourniront les ouvrages de la sélection. Le thème retenu cette année est l’art dans/et la littérature. Bonne lecture à tous et à bientôt !

Ont été successivement récompensés : Alain Rémond (Chaque jour est un adieu), Claude Pujade-Renaud (Le Jardin-forteresse), Martine-Marie Muller (L’homme de la frontière), Philippe Claudel (La petite fille de Monsieur Linh), Claudie Gallay (Les déferlantes), Daniel Arsand (Des amants), Carole Martinez (Le cœur cousu), Jeanne Benameur (Les insurrections singulières), Zeina Abirached (Mourir, partir, revenir. Le jeu des hirondelles), Hubert Haddad (Le peintre d’éventail), Fred Vargas (L’armée furieuse), Gaëlle Josse (Le dernier gardien d’Ellis Island), Thierry Murat (Le vieil homme et la mer), Jennifer Murzeau (La désobéissante), Marc-Alexandre Oho Bambe (De terre, de mer, d’amour et de feu). Sophie Van der Linden (Après Constantinople).

Liste des romans :

Leonor Baldaque –    Piero Solitude. –  Verdier, 2020. –  128 p.

Le fil de ce récit déroule l’histoire d’une rencontre entre une jeune femme, l’art de Piero della Francesca et un peintre d’aujourd’hui, qui s’appelle lui aussi Piero – un homme aperçu pour la première fois dans un café, au détour d’une place, à Rome. Cette vie à trois devient vite une danse si enivrante, sous la chaleur antique de l’Italie, que souvent l’on ne sait plus au bras de qui l’on danse.

« C’est comme l’univers, on ne peut pas dire je le connais. Mais il habite à tel point les nuits et les jours, colore les heures même de repos, s’insinue dans tous les regards jetés, s’immisce dans tous les traits vus, au point qu’un soir, cela devient envahissant, doit naître, et ne cesse plus d’avoir un lieu en moi. »

Christian Bobin –    Pierre. –  Gallimard, 2019. – 104 p. 

«Je me moque de la peinture. Je me moque de la musique. Je me moque de la poésie. Je me moque de tout ce qui appartient à un genre et lentement s’étiole dans cette appartenance. Il m’aura fallu plus de soixante ans pour savoir ce que je cherchais en écrivant, en lisant, en tombant amoureux, en m’arrêtant net devant un liseron, un escargot ou un soleil couchant. Je cherche le surgissement d’une présence, l’excès du réel qui ruine toutes les définitions. Je cherche cette présence qui a traversé les enfers avant de nous atteindre pour nous combler en nous tuant.»

François David Et c’est moi que je vois. – Le Vistemboir, 2020. – 96 p.

« Tous ces autoportraits ont été pris sans selfie, sans retardateur, sans filtre, sans trucage, sans vergogne » sur son téléphone portable par François David qui s’interroge sur le hasard de l’effet-miroir, sur la découverte, dans l’image, de soi…Mais lequel ? Le soi intime ? Celui que les autres voient ?…

Le questionnement est tout à tour ludique, profond, universel.

« Tout comme il écrit, François David photographie avec son âme. »

(Extrait de la préface de Marie Morel, « un des plus grands peintres vivants » d’après Pascal Quignard.)

Raphaël Jerusalmy –   La rose de Saragosse. – Actes Sud, 2019. -192 p.

Saragosse, 1485. Tandis que le Grand Inquisiteur tente d’asseoir sa terreur, un homme aux manières frustes pénètre le milieu des juifs convertis qui bruisse de l’urgence de fuir. Il s’appelle Angel de la Cruz. Où qu’il aille, un effrayant chien errant le suit. Il est un «familier» : un indic à la solde du plus offrant. Mais un artiste, aussi.

La toute jeune Léa est la fille du noble Ménassé de Montesa. Orpheline de mère, élevée dans l’amour des livres et de l’art, elle est le raffinement et l’espièglerie. L’esprit d’indépendance.

Dans la nuit que l’Inquisition fait tomber sur l’Espagne, Raphaël Jerusalmy déploie le ténébreux ballet qui s’improvise entre ces deux-là.

Sur la naissance d’une rébellion qui puise ses armes dans la puissance d’évocation de la gravure, La Rose de Saragosse est un roman vif et dense, où le mystère, la séduction et l’aventure exaltent la conquête de la liberté.

Gaëlle Nohant –   La femme révélée. – Grasset, 2020. – 384 p.

Paris, 1950. Eliza Donneley se cache sous un nom d’emprunt dans un hôtel miteux. Elle a abandonné brusquement une vie dorée à Chicago, un mari fortuné et un enfant chéri, emportant quelques affaires, son Rolleiflex et la photo de son petit garçon. Pourquoi la jeune femme s’est-elle enfuie au risque de tout perdre  ? Vite dépouillée de toutes ressources, désorientée, seule dans une ville inconnue, Eliza devenue Violet doit se réinventer. Au fil des rencontres, elle trouve un job de garde d’enfants et part à la découverte d’un Paris où la grisaille de l’après-guerre s’éclaire d’un désir de vie retrouvé, au son des clubs de jazz de Saint-Germain-des-Prés. A travers l’objectif de son appareil photo, Violet apprivoise la ville, saisit l’humanité des humbles et des invisibles.
Dans cette vie précaire et encombrée de secrets, elle se découvre des forces et une liberté nouvelle, tisse des amitiés profondes et se laisse traverser par le souffle d’une passion amoureuse.

Mais comment vivre traquée, déchirée par le manque de son fils et la douleur de l’exil ? Comment apaiser les terreurs qui l’ont poussée à fuir son pays et les siens ? Et comment, surtout, se pardonner d’être partie  ?
Vingt ans plus tard, au printemps 1968, Violet peut enfin revenir à Chicago. Elle retrouve une ville chauffée à blanc par le mouvement des droits civiques, l’opposition à la guerre du Vietnam et l’assassinat de Martin Luther King. Partie à la recherche de son fils, elle est entraînée au plus près des émeutes qui font rage au cœur de la cité. Une fois encore, Violet prend tous les risques et suit avec détermination son destin, quels que soient les sacrifices…

Lydie Salvayre –   Marcher jusqu’au soir. – Stock, 2019. – 224 p.

L’humeur railleuse et le verbe corrosif, Lydie Salvayre se saisit du prétexte d’une nuit passée au musée Picasso pour questionner le milieu artistique et ses institutions. Se tournant vers son enfance de pauvre bien élevée et abordant sans masque son lien à un père redouté et redoutable, elle essaie de comprendre comment s’est constitué son rapport à la culture et à son pouvoir d’intimidation, tout en faisant l’éloge de Giacometti, de sa radicalité, de ses échecs revendiqués et de son infinie modestie.

David Zukerman –   Iberio. – Calmann-Lévy, 2021. – 454 p.

“Mercedes n’évoquait jamais son adolescence. Sa vie n’avait commencé que lorsque son fils était venu au monde. C’était avec l’enfant qu’était née la mère.”

Mercedes n’avait pas seize ans lorsqu’elle a fui l’Espagne pour s’installer en  France avec Iberio, son fils encore nourrisson. Dix-huit ans plus tard, gardienne d’un immeuble cossu à Paris, Mercedes considère avec autant d’amour que d’exigence et même d’effroi son enfant qui devient un homme. Elle n’en a pas encore conscience, mais désormais s’ouvre devant elle une autre vie. Et  Mercedes, la beauté mystérieuse, la distante et hiératique concierge, accepte de poser pour Ezra Goldweiser, le peintre célèbre du dernier étage…

Dans cet immeuble où la vie tourne autour de Mercedes, alors qu’elle-même ne regarde que son fils, il y a de la passion, du désir, du cynisme, de la jalousie, de l’amour, du désespoir. L’humain dans ses nuances et ses excès.

Metin Arditi L’homme qui peignait les âmes. – Sabine Grasset, 2021. –  304 p.

Acre, quartier juif, 1078. Avner, qui a quatorze ans, pêche avec son père. À l’occasion d’une livraison à un monastère, son regard tombe sur une icône. C’est l’éblouissement. «  Il ne s’agit pas d’un portrait mais d’un objet sacré, lui dit le supérieur du monastère. On ne peint pas une icône, on l’écrit, et on ne peut le faire qu’en ayant une foi profonde  ».
Avner n’aura de cesse de pouvoir «  écrire  ». Et tant pis s’il n’a pas la foi, il fait comme si, acquiert les techniques, apprend les textes sacrés, se fait baptiser, quitte les siens. Mansour, un marchand ambulant musulman, le prend sous son aile. C’est l’occasion d’un merveilleux voyage initiatique d’Acre à Nazareth, de Césarée à Jérusalem, puis à Bethlehem, jusqu’au monastère de Mar Saba, en plein désert de Judée, où Avner reste dix années où il devient l’un des plus grands iconographes de Palestine.
Refusant de s’astreindre aux canons rigides de l’Eglise qui obligent à ne représenter que Dieu et les saints, il ose reproduire des visages de gens de la vie ordinaire, cherchant dans chaque être sa part de divin, sa beauté. C’est un triomphe, c’est un scandale. Se prend-il pour un prophète  ? Il est chassé, son œuvre est brûlée. Quel sera le destin final d’un homme qui a osé défier l’ordre établi ?
Le roman de l’artiste qui, envers et contre tous les ordres établis, tente d’apporter de la grâce au monde.